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30/12/2011

JULES BRUNET, LE "DERNIER SAMOURAI" HISTORIQUE 3/3

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Les troupes du shogun pour mieux résister fondent le 25 décembre 1868, l’éphémère République d’Ezo dont Takeaki Enamoto est élu président. Certaines nations européennes reconnaissent la république, la seule dans l’histoire du Japon, mais l’Empereur Meiji si refuse.

Brunet, désormais conseiller militaire du ministère de la guerre, Keisuke Otori, organise la défense et reprend l’instruction des soldats, jusqu’à l’arrivée de l’armée impériale en juin 1869. Les troupes d’Ezo, environs 3000 hommes répartis en quatre brigades, sont sous commandement hybride franco-japonais avec les officiers français Fortan, Marlin, Cazeneuve, et Bouffier, à la tête des quatre brigades.

Le 30 juin 1869, 10000 soldats impériaux débarquent à Hokkaido.  Brunet et ses hommes opposent alors une résistance héroïque mais sont finalement submergés et battus à la bataille d’Hakodate en mai 1869. Lorsque le fort Goryokaku est assiégé, ils ne sont plus que 800 face à 8000 impériaux.  D’une infériorité irrémédiable, ils doivent capituler. Brunet et les officiers français sont récupérés juste à temps par un aviso français, le Coëtlogon, envoyé pour les soustraire aux représailles des vainqueurs.

Officiellement, la France félicite le Mikado d’avoir rétabli l’ordre dans le pays mais n’acceptera pas de rendre l’officier qui a aidé les rebelles, sous prétexte qu’il est aux mains d’une autorité militaire indépendante. Rentré à Paris, Brunet reçoit un blâme réglementaire pour ingérence dans les affaires politiques d’un pays étranger et son ministère le retire des officiers d’active par « suspension d’emploi ». Napoléon III approuve cette sanction, le 15 octobre. La France laisse courir le bruit que Brunet, passé en conseil de guerre, a été révoqué.

En réalité, Brunet n’a pas été formellement désapprouvé mais il est en quelque sorte condamné à la discrétion absolue. Ainsi, dès le 26 février 1870, soit cinq mois avant que le Japon s’estime officiellement satisfait de la punition, Brunet est de nouveau en activité en devenant le directeur adjoint de la manufacture d’armes de Châtellerault, nomination qui n’a pas été insérée au Journal officiel. Sa mise à pied aura durée quatre mois et onze jours…

Dans le même temps, il contracte un beau mariage qui lui apporte une dot de cent mille francs et son ancien supérieur, le capitaine Chanoine, est son témoin.

Brunet participera encore à la guerre franco-allemande à Metz où il sera fait prisonnier. Après la chute de l’Empire, il est au service de Versailles pour la répression de la Commune de Paris.

S'ensuit un cursus militaire plus tranquille mais fort honorable pour un officier ayant reçu un blâme : attaché militaire en Autriche et en Italie ; chef de cabinet en 1898 de Chanoine devenu général et ministre de la guerre. Promus commandeur de la Légion d’Honneur, Brunet finira général de division.

Officier issu de Polytechnique, ayant choisi une arme « savante », l’artillerie, sorti parmi les premiers du classement de l’école d’armes, décoré de la Légion d’Honneur pour son action durant la campagne du Mexique et affecté au prestigieux régiment d’artillerie montée de la garde impériale, Jules Brunet a le profil de l’officier brillant destiné à atteindre des postes de responsabilité élevés. Sa désignation pour la mission Chanoine en fait logiquement partie. À aucun moment dans la suite de sa carrière son équipée japonaise ne lui sera donc reprochée malgré cet acte de désertion qui aurait dû le conduire devant le conseil de guerre.

En dépit de l’action de Brunet, la collaboration franco-japonaise continua sous l’Ere Meiji et deux autres missions sont envoyées au Japon en 1872 et 1884.  Tout en poursuivant la modernisation de l’armée impériale, deux officiers français sont admis comme membre d’un dojo de Tokyo. Ils sont les premiers occidentaux à pratiquer les arts martiaux.

A partir de 1886, l’ingénieur Polytechnicien Louis-Emile Bertin dirige la construction de la première flotte de guerre japonaise moderne.  En 1919, des ingénieurs français supervisent la création de la première Force Aérienne du japon.

Le 11 mars 1895, le Japon qui vient de sortir d’une éprouvante guerre « moderne » avec la Chine, se rappellera de cet ancien « samouraï » en l’élevant au grade de « grand officier du Trésor sacré du Mikado ».

08:00 Publié dans Histoire | Commentaires (0) | Lien permanent

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